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Objets et matériel

Encres, parchemins et sceaux : le matériel des grimoires

Illustration : Pseudopanax at English Wikipedia, CC BY-SA 4.0

Les manuscrits connus sous le nom de Clavicules de Salomon consacrent plus de pages au matériel qu’aux opérations elles-mêmes. Ils forment, de ce fait, une source précise sur les matières employées dans l’Europe des XVIe et XVIIe siècles — et sur le soin que ces textes attachaient à leur provenance.

Le support

Le terme qui revient partout est le parchemin vierge. Dans le vocabulaire des manuscrits, « vierge » qualifie la peau d’un animal qui n’a pas engendré, le plus souvent un agneau ou un chevreau ; certaines recettes demandent qu’elle n’ait jamais servi à autre chose. Les textes décrivent sa préparation — trempage, raclage, séchage sur cadre — dans les mêmes termes que les manuels d’artisanat de l’époque, ce qui n’a rien d’étonnant : c’était le support d’écriture ordinaire.

À défaut, plusieurs recueils admettent le papier neuf, découpé et non manipulé. Les disques de métal interviennent pour les pièces destinées à durer : étain, cuivre, argent ou or selon la planète visée, selon la correspondance détaillée dans l’article sur les sept métaux.

Les encres

Matière Ce que c’est
Sang-dragon Une résine rouge sombre, tirée de palmiers du genre Daemonorops et d’autres arbres. Malgré le nom, aucun sang n’entre dans sa composition.
Encre ferro-gallique L’encre d’usage courant, à base de noix de galle et de sulfate de fer — celle des actes notariés.
Fiel et safran Mentionnés dans certaines recettes pour obtenir une couleur particulière.
Vermillon Pigment rouge au mercure, employé dans l’enluminure comme dans ces textes.

L’instrument est tout aussi codifié : plume taillée dans une penne d’oie neuve, parfois d’un oiseau nommé par le texte, et un couteau réservé à cet usage. Le principe commun à toutes ces prescriptions est l’exclusivité : le matériel ne sert qu’à cela.

Le moment

La fabrication est datée. Les textes indiquent le jour de la semaine et l’heure, selon le système des heures planétaires qui divise la journée en douze parts du lever au coucher, chacune attribuée à une planète dans un ordre fixe. Un sceau de Vénus se trace un vendredi, à une heure de Vénus. Cette double contrainte réduit la fenêtre à quelques créneaux par semaine — on retrouve la même arithmétique de calendrier que dans les phases de la Lune et les séquences répétées.

Pentacle, sceau, caractère

Le vocabulaire distingue trois choses que l’usage courant mélange. Un pentacle est, dans ces manuscrits, un disque portant un dessin et des noms — il y en a des dizaines, sept par planète dans certaines versions, et le pentagramme n’en est qu’un motif parmi d’autres. Un sceau est le signe propre à une entité nommée. Un caractère est un signe isolé, sans dessin d’ensemble. Les éditions imprimées du XIXe siècle, très diffusées, ont popularisé les planches de ces figures bien plus que les textes qui les accompagnent.

Ce matériel est également celui que décrivent les recueils de magie dite blanche, et il se retrouve dans le tracé du cercle, dont les anneaux portent les mêmes noms.

Le sang-dragon contient-il du sang ?

Non. C’est une résine végétale rouge sombre, obtenue de plusieurs espèces d’arbres et de palmiers, notamment du genre Daemonorops. Elle se vend en grains ou en poudre et sert aussi de teinture et de vernis, par exemple en lutherie.

Qu’est-ce qu’un parchemin vierge, exactement ?

Dans le vocabulaire des manuscrits, la peau d’un jeune animal qui n’a pas engendré — agneau ou chevreau le plus souvent — préparée par trempage, raclage et séchage. Plusieurs textes ajoutent qu’elle ne doit avoir servi à aucun autre usage.

Pentacle et pentagramme sont-ils la même chose ?

Non. Le pentagramme est une étoile à cinq branches, c’est-à-dire un motif. Le pentacle, dans les Clavicules, est un disque gravé ou tracé portant un dessin et des inscriptions : le motif qu’il porte peut être une étoile, mais le plus souvent c’est autre chose.