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Traditions et calendrier

Chandeleur et feux de la Saint-Jean : deux dates, deux séries de gestes

Illustration : Mouh2jijel, CC BY-SA 4.0

Deux dates du calendrier français concentrent des gestes précis, transmis par l’usage avant d’être consignés par les folkloristes : le 2 février, Chandeleur, et le 24 juin, Saint-Jean d’été. Elles encadrent à peu près l’hiver et l’été, et chacune a son matériel.

Chandeleur, 2 février

Le nom vient du latin festa candelarum, la fête des chandelles. L’Église y célèbre la présentation au Temple, quarante jours après Noël — d’où la date. Le geste central est la procession de cierges bénis, dont le nom liturgique, candelaria, a donné le mot français.

Les usages relevés dans les campagnes tournent autour de ce cierge rapporté chez soi :

  • Il est conservé, souvent dans un tiroir ou derrière une poutre, et rallumé en cas d’orage, de maladie ou d’agonie.
  • La fumée du cierge servait, dans plusieurs régions, à tracer une croix sur la poutre maîtresse ou au-dessus de la porte.
  • Il ne devait pas s’éteindre sur le trajet du retour ; les enquêtes rapportent la croyance que l’année s’en ressentirait.

Les crêpes relèvent d’une couche différente. Les explications avancées — la forme et la couleur du disque solaire, l’épuisement de la farine de l’année avant les semailles — sont des reconstructions tardives : les sources ne permettent pas de trancher. Le geste codifié, lui, est documenté : faire sauter la première crêpe de la main droite en tenant une pièce de la gauche, et la retourner sans la laisser tomber.

Saint-Jean, 24 juin

La date est fixée six mois avant Noël, et tombe au voisinage du solstice d’été. Deux ensembles de gestes s’y rattachent.

Le feu. Un bûcher est dressé sur une hauteur ou sur la place, allumé à la tombée du jour. Les usages relevés sont nombreux et constants : sauter par-dessus les flammes quand elles baissent, faire passer le bétail dans la fumée, rapporter chez soi un tison ou des cendres, conservés comme protection. Dans plusieurs provinces, c’est le curé ou le maire qui allume, ce qui situe la fête à la jointure du religieux et du civil.

Les herbes. Les « herbes de la Saint-Jean » se cueillent au matin du 24, avant le lever du soleil, tant que la rosée est dessus. Les listes varient d’une région à l’autre mais quelques plantes reviennent presque partout : le millepertuis — que le latin botanique nomme d’ailleurs Hypericum perforatum et le français, parfois, « herbe de la Saint-Jean » —, l’armoise, la joubarbe, la marguerite, le lierre terrestre. Les bouquets sont séchés, suspendus, puis employés en fumigation ou glissés sous l’oreiller.

Ce que ces deux dates ont en commun

Dans les deux cas, un objet est rapporté du lieu de la fête — cierge ou tison, bouquet ou cendres — et conservé toute l’année. Cette logique du support emporté se retrouve dans le réseau des fontaines de dévotion, où l’on repart avec de l’eau. Elle explique aussi pourquoi ces deux dates figurent dans les recueils de rituels : elles fournissent un matériel daté, dont l’origine est connue de celui qui l’emploie.

Le calendrier des fêtes de la wicca retient les mêmes moments de l’année, mais par une autre voie et sous d’autres noms : la roue à huit sabbats est une composition des années 1950-1960, postérieure de plusieurs siècles aux usages décrits ici.

Pourquoi la Chandeleur tombe-t-elle le 2 février ?

Parce que la fête chrétienne de la présentation au Temple se célèbre quarante jours après Noël. Le nom vient des cierges bénis lors de la procession, en latin candelae.

Quelles sont les herbes de la Saint-Jean ?

Les listes varient selon les régions. Reviennent le plus souvent le millepertuis, l’armoise, la joubarbe, la marguerite et le lierre terrestre. La cueillette se fait au matin du 24 juin, avant le lever du soleil, avec la rosée.

Les feux de la Saint-Jean sont-ils d’origine païenne ?

La question est débattue. Des feux saisonniers sont attestés dans l’Antiquité, et la fête chrétienne est fixée près du solstice, mais les sources ne permettent pas d’établir une filiation continue entre les deux. Ce qui est documenté, ce sont les usages relevés à l’époque moderne par les enquêtes de terrain.

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