La neuvaine et les rituels répétés : pourquoi neuf jours
Illustration : Juan Manuel Arana Ravell, CC BY-SA 4.0
Une partie des séquences décrites dans les recueils ne tient pas en une séance : elles se répètent plusieurs jours de suite, selon un nombre fixé d’avance. Le mot le plus courant pour ce comptage est neuvaine, et son histoire est religieuse avant d’être ésotérique.
Neuf jours, et l’origine du mot
La neuvaine est, dans l’usage catholique, une prière répétée neuf jours consécutifs. La pratique est attestée au Moyen Âge et le mot français apparaît dans cette acception. Les historiens de la liturgie la rapprochent d’un usage romain antérieur : les novemdiales, les neuf jours de deuil qui suivaient des funérailles, au terme desquels un sacrifice était offert.
Deux neuvaines sont restées particulièrement populaires en France et se retrouvent citées dans les recueils ésotériques : celle à sainte Rita, invoquée pour les causes désespérées, et celle à saint Expédit, pour les affaires urgentes. L’une et l’autre sont associées à des cierges et à des formules précises, ce qui explique leur passage d’un domaine à l’autre.
Les autres comptages
| Nombre | Nom | Provenance |
|---|---|---|
| 3 jours | Triduum | Usage liturgique, repris pour les séquences courtes |
| 7 jours | Semaine complète | Fait correspondre chaque jour à une planète |
| 9 jours | Neuvaine | Liturgie chrétienne, après les novemdiales romains |
| 30 jours | Trentain | Trente messes consécutives, usage dit grégorien |
| 40 jours | Quarantaine | Nombre biblique, repris dans le carême |
Le comptage de sept jours a une conséquence directe dans ces textes : il permet d’attribuer chaque journée à une planète et au métal qui lui correspond, lundi à la Lune, mardi à Mars, et ainsi de suite. Cette correspondance est détaillée dans l’article sur les sept métaux planétaires.
Comment les recueils organisent la répétition
Trois règles reviennent, à peu près dans les mêmes termes d’un texte à l’autre. La séquence se fait à la même heure chaque jour, souvent le soir. Elle se fait sans interruption : un jour manqué, et la plupart des recueils demandent de reprendre au premier. Et elle se termine par une clôture — un dernier jour qui se distingue des précédents par un geste supplémentaire, une bougie entière, une formule plus longue.
La bougie de neuvaine, cylindre de cire en verre haut, est d’ailleurs un objet de commerce courant : son format est calculé pour brûler environ neuf jours sans s’éteindre, ce qui résout le problème pratique que pose une flamme à maintenir plusieurs jours.
Répétition et calendrier
La durée choisie se combine avec la phase lunaire : une neuvaine commencée le lendemain d’une nouvelle lune se termine avant la pleine, une neuvaine commencée après la pleine se termine en lune descendante. Les recueils qui précisent les deux données — la phase de départ et le nombre de jours — réduisent considérablement les dates possibles, pour les raisons détaillées dans l’article sur le calendrier lunaire.
On retrouve la même logique de répétition dans les séquences liées à la chance et dans plusieurs pratiques décrites par les traditions populaires, où le nombre de passages, de tours ou de prières fait partie intégrante du geste.
Pourquoi neuf jours plutôt qu’un autre nombre ?
Le nombre vient de la liturgie chrétienne, elle-même rapprochée par les historiens des neuf jours de deuil romains, les novemdiales. Les recueils ésotériques ont hérité du format sans le refonder : ils emploient le mot et la durée tels qu’ils les ont trouvés.
Que se passe-t-il si un jour est manqué ?
La plupart des textes demandent de recommencer la série depuis le premier jour. Quelques-uns admettent la reprise au jour suivant à condition d’ajouter un jour à la fin. La règle varie d’un auteur à l’autre, et les recueils la précisent presque toujours en tête de séquence.
Qu’est-ce qu’un trentain ?
Dans l’usage catholique, une série de trente messes célébrées trente jours de suite, attribuée par la tradition à Grégoire le Grand. Le mot se rencontre aussi dans des recueils ésotériques pour désigner une séquence de trente jours, sur le modèle de la neuvaine.
