Le miroir noir et la catoptromancie : l’objet, le mot, l’histoire
Illustration : Pseudopanax at English Wikipedia, CC BY-SA 4.0
Le miroir noir est l’un des rares objets de ce domaine dont on puisse suivre la trace dans des collections publiques. Le mot savant qui désigne son usage est catoptromancie, du grec katoptron, le miroir : la divination par les surfaces qui renvoient la lumière.
La famille des surfaces
Les traités anciens rangent dans la même famille plusieurs supports, selon ce qu’on regarde :
| Nom | Support |
|---|---|
| Catoptromancie | Un miroir, poli ou noirci |
| Lécanomancie | Une coupe d’eau, parfois avec une goutte d’huile en surface |
| Hydromancie | Une eau libre : bassin, source, fontaine |
| Cristallomancie | Une sphère ou un éclat de quartz |
Le terme générique employé en anglais, scrying, recouvre l’ensemble ; le français n’a pas d’équivalent unique et emploie « vision dans un support » ou le nom de chaque technique.
Le miroir de John Dee
La pièce la plus souvent citée est conservée au British Museum : un disque d’obsidienne poli, d’une vingtaine de centimètres, d’origine aztèque, rapporté en Europe au XVIe siècle. Il a appartenu à John Dee (1527-1608), mathématicien et astrologue à la cour d’Élisabeth Ire, qui s’en servait lors de séances conduites avec Edward Kelley. L’étiquette ancienne qui l’accompagne le désigne comme « la pierre noire dans laquelle le docteur Dee appelait les esprits ».
Deux points méritent d’être notés, parce qu’ils sont souvent confondus. L’objet est mésoaméricain : l’obsidienne polie servait de miroir dans le monde aztèque, où elle était associée à une divinité dont le nom signifie « miroir fumant ». Son usage divinatoire européen est donc une reprise, pas une continuité. Et Dee ne regardait pas lui-même : il notait ce que Kelley disait voir, répartition des rôles que les comptes rendus montrent clairement.
Comment l’objet se fabrique
Les recueils contemporains décrivent une fabrication simple, que les brocantes rendent accessible : une vitre d’horloge ou un verre de cadre bombé, peint au dos en noir mat, monté face concave vers l’observateur. Le but est d’obtenir une surface qui réfléchisse sans renvoyer d’image nette. On trouve aussi des miroirs d’obsidienne taillés, vendus comme objets de collection, et des assiettes émaillées noires employées de la même façon.
Les conditions d’usage décrites par ces textes sont constantes : lumière basse, souvent une seule bougie placée hors du champ de vision, le miroir incliné de manière à ne refléter ni le visage ni la flamme, et une durée d’observation donnée — dix à vingt minutes. Les mêmes textes recommandent de noter aussitôt après, sans relire.
Ce que le mot recouvre aujourd’hui
Dans le vocabulaire courant, « miroir noir » désigne parfois un tout autre objet : le Claude glass, petit miroir teinté et légèrement convexe qu’utilisaient les paysagistes et les voyageurs du XVIIIe siècle pour composer une vue. Les deux objets se ressemblent et n’ont aucun lien d’usage.
Dans la pratique contemporaine, le miroir figure parmi les supports au même titre que la boule de cristal et les autres outils de voyance, et son matériau le rattache aux objets dont la provenance est documentée. Pour les figures et les tirages qui procèdent autrement — par tirage au sort plutôt que par vision — voir la géomancie et ses seize figures.
Où se trouve le miroir de John Dee ?
Au British Museum, à Londres, dans les collections d’antiquités mésoaméricaines. Il s’agit d’un disque d’obsidienne poli d’origine aztèque, accompagné d’une étiquette ancienne qui mentionne son usage par Dee.
Catoptromancie, lécanomancie, cristallomancie : quelle différence ?
Le support. La catoptromancie emploie un miroir, la lécanomancie une coupe d’eau — parfois avec un filet d’huile en surface —, la cristallomancie une sphère ou un éclat de quartz. La démarche décrite est la même dans les trois cas.
Un miroir noir doit-il être en obsidienne ?
Non. Les recueils contemporains décrivent le plus souvent un verre bombé peint en noir au dos. L’obsidienne est le matériau des pièces anciennes mésoaméricaines, pas une exigence des textes.
