La géomancie et ses seize figures : de l’arabe au latin
Illustration : British Museum, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
La géomancie est l’une des méthodes de divination les mieux documentées, parce qu’elle est entièrement mécanique : une fois les premiers points posés, tout le reste se calcule. Son nom grec signifie « divination par la terre », traduction de l’arabe ilm al-raml, la science du sable, qui désigne le support d’origine.
Le principe
L’opérateur trace rapidement, sans compter, quatre lignes de points — dans le sable, puis sur le papier. Pour chaque ligne, on regarde si le nombre de points est pair ou impair : pair donne deux points, impair en donne un. Quatre lignes produisent donc une figure de quatre rangs, chacun à un ou deux points. Comme chaque rang a deux états possibles, le système compte exactement seize figures — deux puissance quatre.
Chacune porte un nom latin, hérité des traductions médiévales : Via, Populus, Fortuna Major, Fortuna Minor, Puer, Puella, Amissio, Acquisitio, Laetitia, Tristitia, Albus, Rubeus, Caput Draconis, Cauda Draconis, Carcer, Conjunctio. Les deux dernières de la liste, la tête et la queue du dragon, portent les mêmes noms que les nœuds lunaires en astrologie, signe du voisinage des deux disciplines.
Le bouclier
La méthode ne s’arrête pas aux quatre figures tirées. Celles-ci, appelées les mères, engendrent par recombinaison quatre filles, puis quatre nièces, puis deux témoins, et enfin un juge — quinze figures au total, disposées dans un diagramme que les manuscrits nomment le bouclier géomantique. Le juge, obtenu en dernier, porte la réponse ; les témoins indiquent par quel chemin on y arrive.
Le calcul est une suite d’opérations de parité, strictement déterministe : deux opérateurs partant des mêmes mères obtiennent le même juge. C’est cette mécanique qui a valu à la géomancie, dans les universités médiévales, d’être rangée parmi les arts qui demandent de l’apprentissage plutôt que du don.
Comment elle est arrivée en Europe
La transmission passe par l’Espagne et les traducteurs de Tolède. Au XIIe siècle, Hugues de Santalla traduit en latin un traité arabe de la discipline ; d’autres versions suivent, attribuées à Gérard de Crémone. La géomancie s’installe alors dans la culture savante latine et y reste durablement : on la trouve encore au XVIIe siècle dans l’Utriusque cosmi historia de Robert Fludd, qui lui consacre un développement important.
Dans l’intervalle, elle est pratiquée dans toute l’Europe, y compris par des clercs, et les manuscrits qui la décrivent sont nombreux. Sa diffusion décline au XVIIIe siècle, puis elle est reprise à la fin du XIXe par les milieux occultistes, qui la combinent avec l’astrologie en distribuant les figures dans les douze maisons.
Ce qui la distingue des autres méthodes
Trois traits la séparent des pratiques voisines. Elle ne demande aucun support figuré : ni cartes, ni miroir, ni boule — quatre lignes de points suffisent. Elle est calculable de bout en bout, ce qui la rapproche davantage d’un système combinatoire que d’une lecture d’images comme celle du miroir noir. Et son vocabulaire est latin, hérité de la traduction, là où celui du Petit Lenormand est en langue vernaculaire et beaucoup plus récent.
Le mot « géomancie » est parfois employé aujourd’hui pour désigner tout autre chose : l’étude des lieux et des orientations, par confusion avec des pratiques d’aménagement d’origine chinoise. Les deux usages n’ont pas de rapport, et les traités de divination emploient le mot dans son sens premier.
Pourquoi exactement seize figures ?
Parce qu’une figure compte quatre rangs et que chaque rang n’a que deux états possibles, un point ou deux. Le nombre de combinaisons est donc deux puissance quatre, soit seize — ni plus, ni moins.
Que sont les mères, les filles et le juge ?
Les quatre mères sont les figures tirées au départ. Les filles et les nièces s’en déduisent par recombinaison, puis deux témoins, puis un juge. Le juge est la figure finale, celle qui porte la réponse ; l’ensemble forme le diagramme appelé bouclier.
Quand la géomancie est-elle arrivée en Europe ?
Au XIIe siècle, par les traductions latines de traités arabes faites en Espagne, notamment par Hugues de Santalla. Elle est restée en usage dans la culture savante européenne jusqu’au XVIIe siècle au moins.
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