Lune croissante, lune décroissante : le calendrier des praticiens
Illustration : Juan Manuel Arana Ravell, CC BY-SA 4.0
Presque tous les recueils de rituels commencent par une indication de date, et cette date n’est presque jamais un jour du calendrier : c’est une phase de la Lune. Avant d’entrer dans le détail d’un geste, il faut donc savoir lire le découpage que ces textes emploient, parce qu’il commande tout le reste.
Le cycle, en chiffres
D’une nouvelle lune à la suivante, il s’écoule en moyenne 29 jours 12 heures et 44 minutes : c’est la lunaison, ou mois synodique. Ce chiffre ne tombe pas rond sur le mois civil, d’où deux conséquences pratiques. La date d’une phase se décale d’environ onze jours d’une année sur l’autre ; et certaines années comptent treize pleines lunes au lieu de douze.
| Phase | Ce qu’on voit | Durée |
|---|---|---|
| Nouvelle lune | Disque invisible, la Lune se lève et se couche avec le Soleil | Le jour même |
| Premier quartier | Moitié droite éclairée, visible en début de soirée | Environ 7 jours après |
| Pleine lune | Disque entier, lever au coucher du Soleil | Environ 14 jours et demi après |
| Dernier quartier | Moitié gauche éclairée, visible au petit matin | Environ 22 jours après |
Un repère se transmet de manuel en manuel pour ne pas confondre les deux quartiers, dans l’hémisphère nord : si le croissant forme un p, la Lune est premier quartier et elle croît ; s’il forme un d, elle décroît. Le moyen est ancien et figure déjà dans les almanachs de colportage.
Les deux moitiés du cycle
Le partage retenu par les textes est binaire. La lune croissante, ou montante, va de la nouvelle lune à la pleine : les recueils y placent ce qu’on veut faire venir, établir, augmenter. La lune décroissante, ou descendante, va de la pleine lune à la suivante nouvelle : on y range ce dont on veut se défaire, ce qu’on veut réduire ou dénouer. Les rituels de désenvoûtement sont ainsi presque toujours rattachés à la seconde moitié.
Deux moments reçoivent un traitement à part. La pleine lune elle-même concentre l’essentiel de ce qui se publie, et sert de date de référence aux assemblées. La veille de la nouvelle lune porte parfois le nom de lune noire dans ce vocabulaire — à ne pas confondre avec la Lune noire des astrologues, qui désigne un point calculé et non une phase visible.
D’où vient ce partage
Il n’est pas né dans les livres de magie. Les almanachs agricoles l’emploient depuis des siècles pour les semis, les tailles et les coupes de bois, avec la même logique de montée et de descente. Les calendriers lunaires de jardinage vendus aujourd’hui en reprennent la structure, et plusieurs recueils de rituels y renvoient explicitement. Le vocabulaire des deux domaines se recoupe donc largement : on sème en lune montante, on arrache en lune descendante.
La tradition astrologique ajoute une seconde couche : le signe que la Lune traverse, qui change tous les deux jours et demi. Les textes qui en tiennent compte croisent les deux données — la phase pour le sens général, le signe pour la couleur du moment. Beaucoup de recueils populaires, eux, s’en tiennent à la phase seule.
Ce que cela change dans un recueil
Concrètement, une indication de date dans ces textes se lit sur trois niveaux : la moitié du cycle, la phase précise quand elle est demandée, et le jour de la semaine, qui renvoie à une planète — le vendredi à Vénus, le mardi à Mars. Quand les trois sont précisés, la fenêtre se réduit à quelques jours par lunaison, parfois à un seul. C’est ce qui explique l’insistance des recueils sur l’attente : la plupart des séquences qu’ils décrivent ne peuvent pas commencer le jour où on les lit.
La répétition sur plusieurs jours suit la même logique de calendrier ; elle fait l’objet d’un article à part sur la neuvaine et les comptages. Quant au tracé du cercle, il précède le geste lui-même, quelle que soit la phase retenue.
Comment savoir si la lune est croissante ou décroissante ?
En observant la forme du croissant : dans l’hémisphère nord, un croissant en forme de p indique une lune qui croît, un croissant en forme de d une lune qui décroît. Dans l’hémisphère sud, le repère s’inverse. Les éphémérides et les calendriers lunaires donnent les dates exactes de chaque phase.
Combien de pleines lunes compte une année ?
Douze le plus souvent, treize environ tous les deux ou trois ans. La lunaison dure 29 jours et demi, le mois civil davantage : le décalage finit par faire entrer deux pleines lunes dans un même mois, ce que l’usage anglophone appelle blue moon.
La lune noire et la Lune noire désignent-elles la même chose ?
Non, et la confusion est fréquente. Dans les recueils de rituels, la lune noire désigne le ou les jours sans lune visible, juste avant la nouvelle lune. En astrologie, la Lune noire ou Lilith est un point calculé de l’orbite lunaire, sans rapport avec ce que l’on voit dans le ciel.
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