Les passes magnétiques : le vocabulaire des manuels, geste par geste
Illustration : National Library of Medicine, History of Medicine, CC BY-SA 4.0
Les manuels de magnétisme publiés en France au XIXe siècle sont des ouvrages techniques : ils décrivent des gestes, leur durée, la position des mains, et leur donnent un nom. Ce vocabulaire s’est transmis presque intact jusqu’aux praticiens actuels, ce qui en fait un bon point d’entrée pour comprendre ce qu’on observe dans une séance.
La source principale
L’ouvrage le plus cité est l’Instruction pratique sur le magnétisme animal de Joseph Philippe François Deleuze, publiée en 1825, plusieurs fois rééditée. Deleuze, bibliothécaire au Muséum d’histoire naturelle, écrit à la suite de Puységur et non de Mesmer : il décrit une pratique calme, assise, sans recherche de crise. Son livre fixe un vocabulaire que les auteurs postérieurs reprennent.
Les gestes et leurs noms
| Nom | Ce que décrit le manuel |
|---|---|
| Passes longitudinales | Les mains descendent de la tête vers les pieds, paumes tournées vers la personne, à quelques centimètres ou au contact. Le geste de base. |
| Passes à grands courants | Même trajet mais à plus grande distance et sur toute la longueur du corps, bras largement écartés. |
| Passes transversales | Les mains se déplacent en travers, d’un côté à l’autre. Les textes leur prêtent une fonction de dispersion. |
| Passes à courant de tête | Travail court et localisé autour du crâne et du front. |
| Imposition | Les mains restent immobiles sur ou près d’une zone, pour une durée donnée. |
| Insufflation | Souffle dirigé, chaud bouche ouverte, froid bouche en cul-de-poule, sur une partie du corps. |
| Dégagement | Geste de fin : les mains s’écartent vivement vers l’extérieur, parfois secouées. |
L’ordre d’une séance, tel qu’il est décrit
Les manuels donnent une séquence assez constante. Le praticien se place devant la personne assise, demande le silence, se recueille un instant. Viennent les passes longitudinales, répétées, puis le travail localisé là où la personne indique une gêne. La séance se termine par des passes de dégagement et par le lavage des mains, que presque tous les textes mentionnent. La durée annoncée va de vingt minutes à une heure.
Deux points sont régulièrement répétés dans ces ouvrages : la personne reste habillée, et le praticien ne pose pas de diagnostic — Deleuze est explicite sur ce dernier point, qu’il présente comme la limite de son art. La même précision figure dans les textes contemporains.
Ce que le vocabulaire a gardé, et ce qu’il a perdu
Les mots « passes », « imposition », « dégagement » sont toujours employés. En revanche, le mot fluide, central au XIXe siècle, a largement cédé la place à énergie au XXe — glissement de vocabulaire qu’on observe aussi dans d’autres domaines, par exemple autour des chakras, dont le système à sept centres s’est diffusé en Occident à la même période.
Le mot somnambulisme, lui, a disparu de ces textes : il appartenait à la voie ouverte par Puységur, racontée dans l’histoire du magnétisme animal, et il a suivi cette lignée vers l’hypnose.
Quelle est la différence entre une passe et une imposition ?
Le mouvement. Une passe est un déplacement des mains le long du corps ou en travers ; une imposition est un maintien immobile, mains posées ou tenues à faible distance, pendant une durée déterminée.
Que recouvre le mot « dégagement » ?
Le geste de fin de séance décrit par les manuels : les mains s’écartent vivement vers l’extérieur, parfois secouées, pour marquer la clôture. Beaucoup de textes le font suivre d’un lavage des mains.
Les manuels anciens sont-ils encore consultés ?
L’Instruction pratique de Deleuze, parue en 1825, est tombée dans le domaine public et reste largement citée. Le vocabulaire des gestes employé aujourd’hui en vient directement, même lorsque le mot « fluide » a été remplacé par « énergie ».
