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Voyance et divination

Le Petit Lenormand : trente-six cartes, et un nom emprunté

Illustration : British Museum, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Le Petit Lenormand est, après le tarot, le jeu divinatoire le plus répandu dans l’espace francophone et germanophone. Son histoire est bien établie, et elle réserve une surprise : la personne dont il porte le nom n’y est pour rien.

Un jeu de société de 1799

Le jeu paraît à Nuremberg en 1799 sous le titre Das Spiel der Hoffnung, « le jeu de l’espérance », édité par Johann Kaspar Hechtel. Il s’agit d’un jeu de parcours : trente-six cartes numérotées que l’on dispose en plateau et sur lesquelles on avance avec un dé. Chaque carte porte une image simple — un cavalier, un trèfle, un bateau, une maison — et, dans un cartouche, une carte à jouer du jeu de piquet.

La règle imprimée au dos du couvercle mentionne déjà un usage secondaire : tirer des cartes pour répondre à une question. C’est cet usage-là qui a survécu, le jeu de parcours étant tombé en désuétude.

Le nom

Marie-Anne Adélaïde Lenormand (1772-1843) est une cartomancienne parisienne considérable de son temps : elle reçoit sous le Directoire, l’Empire et la Restauration, publie des volumes de souvenirs, et sa réputation traverse l’Europe. Elle n’a cependant jamais employé ce jeu, qu’aucune de ses publications ne mentionne.

C’est après sa mort, dans les années qui suivent 1843, que des éditeurs allemands rééditent le jeu de Hechtel sous le titre Petit Lenormand, en s’appuyant sur la notoriété du nom. Un second jeu, le Grand Lenormand ou jeu de la Sibylle, de cinquante-quatre cartes et d’une facture différente, a connu la même opération commerciale. Les deux circulent toujours.

Les trente-six cartes

La liste est stable d’une édition à l’autre : Cavalier, Trèfle, Bateau, Maison, Arbre, Nuages, Serpent, Cercueil, Bouquet, Faux, Fouet, Oiseaux, Enfant, Renard, Ours, Étoiles, Cigogne, Chien, Tour, Jardin, Montagne, Chemins, Souris, Cœur, Anneau, Livre, Lettre, Homme, Femme, Lys, Soleil, Lune, Clé, Poissons, Ancre, Croix.

Deux traits distinguent ce jeu des autres. Les images sont concrètes et renvoient à des objets ou à des animaux, non à des figures allégoriques comme les arcanes du tarot. Et les cartes se lisent par paires et par séries plutôt qu’une à une : c’est la combinaison qui porte le sens, Lettre plus Cœur ne disant pas la même chose que Cœur plus Lettre.

Le Grand Tableau

La disposition la plus caractéristique étale les trente-six cartes en quatre rangées de huit plus une rangée de quatre, ou en six rangées de six selon les écoles. Chaque emplacement du tableau porte un numéro, et les praticiens de cette méthode lisent la carte qui s’y trouve en relation avec le numéro, système dit des maisons — un emprunt de vocabulaire à l’astrologie, comme la géomancie en a fait un autre avec la tête et la queue du dragon.

Les cartes à jouer inscrites dans les cartouches permettent par ailleurs d’utiliser le jeu comme un jeu de piquet, et renvoient aux méthodes de cartomancie employant un jeu ordinaire de trente-deux cartes, répandues en France au XIXe siècle et décrites dans les mêmes manuels que les autres supports de voyance.

Mademoiselle Lenormand a-t-elle créé ce jeu ?

Non. Le jeu paraît à Nuremberg en 1799 sous le nom de Das Spiel der Hoffnung, édité par Johann Kaspar Hechtel. Il a reçu le nom de la cartomancienne après la mort de celle-ci, en 1843, par décision d’éditeurs allemands.

Quelle différence entre Petit et Grand Lenormand ?

Le Petit Lenormand compte trente-six cartes aux images concrètes, issues du jeu de 1799. Le Grand Lenormand, ou jeu de la Sibylle, en compte cinquante-quatre, d’une facture et d’un répertoire d’images différents. Les deux portent le même nom pour la même raison commerciale.

Qu’appelle-t-on le Grand Tableau ?

La disposition qui étale les trente-six cartes d’un coup, en quatre rangées de huit plus une de quatre, ou en six rangées de six. Chaque emplacement est numéroté, et la lecture croise la carte tirée avec le numéro de la case où elle tombe.

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