Le magnétisme animal : Mesmer, le baquet et la commission de 1784
Illustration : National Library of Medicine, History of Medicine, CC BY-SA 4.0
Le mot « magnétisme » employé aujourd’hui par les praticiens a une date de naissance et un auteur. Il vient de Franz Anton Mesmer (1734-1815), médecin formé à Vienne, et de la théorie qu’il expose à partir des années 1770. Suivre cette histoire dans l’ordre éclaire une bonne partie du vocabulaire encore en usage, décrit à part dans l’article sur les passes.
Vienne, puis Paris
Mesmer soutient sa thèse de médecine en 1766 sur l’influence des planètes ; il y emprunte à l’astrologie médicale de son époque l’idée d’un fluide universel. Dans les années qui suivent, il abandonne les aimants qu’il employait d’abord et soutient que le fluide passe directement d’une personne à une autre. De là le nom qu’il lui donne : magnétisme animal, c’est-à-dire propre aux êtres animés, par opposition au magnétisme minéral de l’aimant.
Il s’installe à Paris en 1778 et publie l’année suivante son Mémoire sur la découverte du magnétisme animal, vingt-sept propositions qui exposent la doctrine. Le succès est immédiat dans la société parisienne.
Le baquet
Le dispositif qui a fait sa réputation est une cuve de bois remplie d’eau, de verre pilé et de limaille de fer, fermée par un couvercle percé de tiges de fer coudées. Les personnes assises autour appliquent la tige sur la partie du corps concernée et se tiennent par les mains, ou sont reliées par une corde, de manière à former une chaîne continue. La pièce est tendue de sombre, une musique joue — Mesmer était bon musicien et employait l’harmonica de verre.
Le moment attendu est ce que les comptes rendus appellent la crise : agitation, rires, larmes, parfois convulsions, après quoi la personne est portée dans une salle voisine. Les gravures d’époque, plusieurs fois rééditées, montrent ces séances avec assez de détail pour qu’on reconstitue la disposition.
La commission de 1784
Devant l’ampleur du phénomène, Louis XVI nomme en 1784 une commission chargée d’examiner la question. Sa composition est remarquable : Benjamin Franklin, alors en France, la préside nominalement ; en font partie le chimiste Antoine Lavoisier, l’astronome Jean Sylvain Bailly, qui rédige le rapport, et le médecin Joseph Ignace Guillotin. Une seconde commission est formée en parallèle par la Société royale de médecine.
Le protocole retenu est à porter au crédit de ses auteurs : il consiste à séparer l’effet attendu de la cause supposée. On magnétise un arbre à l’insu du sujet, on lui présente des objets magnétisés et d’autres qui ne le sont pas, on lui fait croire qu’il reçoit un traitement qu’il ne reçoit pas. Le rapport, remis en août 1784, conclut que les effets observés sont réels mais qu’ils se produisent indépendamment du fluide, et les rattache à ce qu’il appelle l’imagination. Un rapport secret, adressé au roi, s’inquiète par ailleurs du cadre des séances.
Après Mesmer
La théorie du fluide ne survit pas intacte, mais la pratique, elle, continue et se transforme. Dès 1784, le marquis de Puységur, sur ses terres de Buzancy, décrit chez un jeune paysan nommé Victor Race un état qu’il nomme somnambulisme magnétique : la personne magnétisée ne convulse pas, elle parle, répond, puis ne se souvient de rien. Cette voie, plus calme, est celle que suivra l’essentiel du magnétisme français du XIXe siècle, avec des auteurs comme Joseph Deleuze et ses manuels pratiques.
C’est de ce rameau que naît l’hypnose : le chirurgien écossais James Braid forge en 1843 le mot hypnotism pour désigner les mêmes phénomènes sans le fluide. Les deux lignées se séparent alors — l’une entre à l’hôpital, l’autre continue hors de lui, et c’est celle-là qu’on retrouve dans les séances de magnétisme décrites aujourd’hui, comme dans le vocabulaire du magnétisme énergétique.
Pourquoi parle-t-on de magnétisme « animal » ?
Parce que Mesmer distinguait le fluide propre aux êtres animés du magnétisme minéral de l’aimant. L’adjectif vient du latin anima, le souffle ou la vie, et ne renvoie pas aux animaux.
Qui siégeait à la commission de 1784 ?
Benjamin Franklin la présidait ; on y trouvait notamment Antoine Lavoisier, l’astronome Jean Sylvain Bailly, rédacteur du rapport, et le médecin Joseph Ignace Guillotin. Une seconde commission fut constituée en parallèle par la Société royale de médecine.
Quel rapport entre magnétisme et hypnose ?
Une filiation directe par la voie ouverte par Puységur en 1784, celle du somnambulisme magnétique. En 1843, James Braid propose le mot hypnotism pour décrire ces états sans recourir à l’idée de fluide ; les deux pratiques divergent à partir de là.
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